Un peu d'histoire

Le XVIe siècle: un tournant dans l'histoire monétaire européenne

     Le XVIe constitue, plus qu’un tournant, une véritable révolution dans l’histoire monétaire. Ce siècle voit émerger un flux de nouveautés,  tant sur le fond que sur la forme, tant sur la technique que sur les dimensions, et sur les échanges. On voit émerger de nouvelles monnaies, plus exceptionnelles les unes que les autres de par la qualité de leurs gravures, de par le métal employé, de par l’aloi et le poids. On voit apparaître des bustes, des effigies de souverains tous aussi imposants, comme semblant se concurrencer.

 

     Durant le Moyen Age central, la quantité de métal disponible tend à se raréfier en Europe. Ce constat est davantage perceptible pour les métaux précieux. L’Europe au sens large est alors le principal, sinon le seul, continent sur lequel le métal est extrait et circule. Ce manque se répercute ainsi sur la production monétaire, et on produit alors de petites pièces de faible poids, on privilégie les métaux non-nobles ou les alliages (le billon, alliage d’argent et de cuivre, est le plus couramment utilisé. Le titre de métal précieux est faible). Les monnaies d’or sont rares, voire même quasi-inexistantes à certaines périodes.

 

      Telle est la situation stagnante au Moyen Age sur le plan monétaire. Au XVIe siècle, un événement majeur va changer la donne. En effet, ce siècle est le siècle d’une nouvelle inspiration et d’une nouvelle façon de penser. Ce siècle est le siècle d’une « renaissance intellectuelle », sur fond littéraire et artistique,  par la redécouverte des écrits antiques. L’Homme, dans cet élan culturel nouveau, cherche davantage à comprendre le fonctionnement de son univers et explorer le monde qui l’entoure. L’Homme voyage et découvre de nouvelles terres, l’Homme découvre le Nouveau Monde. Et les puissances européennes se lancent alors dans l’exploration de ce monde : l’Espagne, l’Angleterre, le Portugal et la France, s’accaparent majoritairement ces terres et profitent pour en exploiter les ressources. Une quantité abondante de métaux précieux afflue vers l’Europe, et c’est là que s’opère un premier tournant. Bientôt, on voit apparaître des monnaies de plus en plus grosses, de plus en plus lourdes. On exhibe des monnaies d’argent, des monnaies d’or, on n’hésite plus à se rapprocher de la plus grande pureté, les alliages se faisant plus rares ne sont désormais plus réservés qu’aux monnaies de faibles valeurs.

 

     En France, c’est le Teston - première monnaie de ce type - qui en est le parfait exemple. Crée par Louis XII sur l’ordonnance du 6 avril 1514, il affiche un poids de 9.54 grammes et un titre d’argent dépassant les 900‰. Cette monnaie n’est d’ailleurs pas qu’intéressante pour son poids sans précédent, elle présente également une seconde caractéristique qui en soi constitue un second tournant : en effet, c’est la première fois depuis le IXe siècle (depuis les deniers carolingiens) que l’on voit apparaître le buste du souverain (sa dénomination provient de l'italien, signifiant la "tête") . Ce constat est d’ailleurs valable partout en Europe et reflète bien l’état d’esprit qui règne alors à cette époque.

Teston de François Ier
Teston de François Ier

     Enfin, le XVIe siècle, toujours dans cette même façon de penser, est un siècle d’innovations et de découvertes. L’imprimerie développée un demi-siècle plus tôt se répand, les physiciens et les astronomes de l’époque font d’importantes découvertes : ce siècle est le siècle de grands noms, de Newton, de Copernic, de Galilée, et bien d’autres. Ces innovations n’échappent pas au monde de la numismatique. Jusque-là, la méthode de travail n’avait pas changé depuis près de 2000 ans. Les flans sont préparés à l’aide d’une cisaille, placés entre les deux coins et frappés à l’aide d’un marteau. Cette technique, qui pose de nombreux inconvénients dont les nombreuses « fautes » et imperfections de frappes, parait alors désuète et incompatible avec l’évolution que connaît la monnaie au même moment. Ainsi se développe aux alentours de 1550 un nouveau procédé : la frappe au balancier. Cette méthode permet non seulement d’augmenter considérablement le rendement de production, mais aussi d’obtenir une frappe bien plus nette, plus moderne, les détails sont fins. Malgré les quelques tentatives de frappes sous Henri II, il faut attendre 1641 et Louis XIII pour définitivement installer le processus en France. Le changement s'opère également au long du XVIIe siècle en Europe. Il n’en est pas moins que le balancier est une innovation majeure pour la numismatique au XVIe siècle.

 

Gravure représentant un atelier de frappe au marteau, dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
Gravure représentant un atelier de frappe au marteau, dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
Gravure d’un balancier de frappe, Encyclopédie - Diderot et d’Alembert
Gravure d’un balancier de frappe, Encyclopédie - Diderot et d’Alembert

     On assiste donc bel et bien à un tournant dans l'histoire monétaire avec un afflux de métal précieux, créant de nouveaux types plus grands, plus lourds, avec un aloi beaucoup plus important, avec des nouveautés techniques, sur fond de renouveau intellectuel et culturel. Le XVIe siècle est par ailleurs l’amorce de ce style monétaire qui perdure et se développe jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, à l’aube des premières révolutions politiques et industrielles.